ASMA – LANGENSOULTZBACH : Les bonnes pratiques

L’association pour la sauvegarde de la maison alsacienne (ASMA), qui tient habituellement son Stàmmtisch mensuel à Strasbourg, a cette fois délocalisé sa réunion d’automne du 27 octobre à la salle socioculturelle de Langensoultzbach.

Une cinquantaine de personnes ont participé à la réunion réunissant la maire Évelyne Ledig, Denis Elbel, vice-président de l’association, qui anime
régulièrement ces rendez-vous, les architectes du patrimoine Claude Eichwald et Jean-Christophe Brua et plusieurs professionnels et artisans spécialisés dans la rénovation de l’ancien. Ils ont apporté leurs conseils à la cinquantaine de personnes présentes ce matin.

Le bâtiment rénové par Philippe Helbringer de Lembach.

Une réunion où poser ses questions de rénovation

Parmi elles, Jean-Michel Geiger, de Birlenbach, a soulevé la problématique de Wissembourg l’humidité de la sablière de base, c’est-à-dire la poutre horizontale la plus basse du colombage, qui repose sur les soubassements. Philippe Helbringer de Lembach, qui a rénové un ancien moulin, s’est vu conseiller d’isoler la paroi entre la maison d’habitation et sa grange attenante, sous le même toit, avec de la paille de chanvre. Concernant la couverture, il a choisi de couvrir la maison d’habitation avec des tuiles Biberschwanz doubles et la grange attenante en couverture simple, également très esthétique. Ces tuiles artisanales sont conseillées par l’association pour rénover sa toiture (*).

Les pierres utilisées pour le soubassement, en général peu esthétiques, sont traditionnellement enduites à la chaux pour cacher leurs irrégularités. Par
contre, l’utilisation de béton qui fait remonter l’humidité est à proscrire.

Autre point de questionnement : les fenêtres d’origine, véritables passoires calorifiques. Pour Denis Elbel, le vice-président de l’ASMA, il vaut mieux opter pour des fenêtres en bois avec double vitrage et joints plutôt que pour des fenêtres en PVC, peu esthétiques et moins durables. Il est essentiel de
remplacer le tout, y compris le cadre.

Alors qu’il y a quelques décennies, la mode était à l’isolation avec de la laine de roche et de la laine de verre, parfaitement adaptées aux constructions
neuves, le retour d’expérience s’avère catastrophique pour les maisons anciennes. Ainsi, l’ASMA recommande d’utiliser comme isolant du béton au
chanvre au sol, qui peut également être projeté aux parois, ce qui évitera les problèmes de condensation.

La rénovation peut se faire progressivement, mais il importe avant tout de commencer par le « chapeau », c’est-à-dire la toiture, condition sine qua non avant la suite de tous travaux.

Denis Elbel a suggéré de s’inspirer des maisons en bois en Autriche, où l’on préfère les colombages mats, contrairement à l’Alsace : le bois, en vieillissant, se protège lui-même, sans produit chimique.

La maison alsacienne, une bâtisse écologique

Pour les membres de l’ASMA, mieux vaut rénover une ancienne maison que bâtir du neuf. Souvent bien conçues, nos ancêtres les ont bâties en respectant des notions de bio-climatisme, en composant avec les atouts et les contraintes du site, comme le relief, la végétation et les vents dominants. Les maisons ont très peu de ponts thermiques, car les planchers sont en bois, un matériau qui conduit moins la chaleur que le béton. En utilisant des matériaux naturels (pierre, terre, bois, chaux) trouvés sur le site, ces bâtisses ont donc un impact très faible sur l’environnement. Elles sont aussi perspirantes, c’est-à-dire que leurs parois sont capables d’absorber de la vapeur d’eau et de gaz que l’on émet en se lavant, en cuisinant et en se chauffant. Une paroi perspirante va garder cette vapeur d’eau et la restituer quand l’air ambiant sera plus sec, contribuant à améliorer le confort de ses habitants. Elle permet aussi de se débarrasser d’une humidité trop élevée, ce qui préserve les parois des moisissures et du pourrissement.

Comme isolant, le béton au chanvre peut être posé au sol et peut également être projeté aux parois, ce qui évitera les problèmes de condensation.

Après cette réunion, l’après-midi s’est poursuivie par une visite guidée et commentée par Freddy Meyer, président de l’association de sauvegarde du
patrimoine de Langensoultzbach (ASPL), à travers les rues du village qui compte un grand nombre de maisons à colombages.
(*) Les deux seuls fabricants de tuiles artisanales de la région se trouvent à Niderviller en Moselle et à Hochfelden dans le Bas-Rhin.

Une cinquantaine de personnes ont assisté à ce Stàmmtisch délocalisé. Tout à gauche, Évelyne Ledig, la maire de Langensoultzbach. À la table des architectes du patrimoine (à gauche) Claude Eichwald et Jean-Christophe Brua. Au centre, Denis Elbel, vice-président de l’ASMA et animateur de la réunion. PHOTO DNA